Les Ateliers du MAP - 5 mars 2020

Un Atelier organisé pour comprendre les grands enjeux stratégiques et économiques liés à l'ouverture annoncée de ce grand marché. Visionnez les 20 séquences vidéo ou la vidéo intégrale de l'événement.

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3 - Les attentes européennes - Jocelyn DELATRE (ACEA)

Jocelyn Delatre, smart mobility manager au sein de l'ACEA explique toute l’importance de rendre les données accessibles tout en préservant la sécurité du véhicule.

Il y a une forte incompréhension sur ce que ce que permet le véhicule étendu (extended vehicle), que les constructeurs ont adopté en tant que standard.

On parle systématiquement de l'interface web comme la seule interface qui ne permet qu'un seul accès débarqué. C'est faux ! On dit que ce modèle ne permet pas aux fournisseurs de services d'installer des applications ou leur logiciel dans le véhicule. C'est également faux ! Mais il est vrai que l'on parle d'un univers fermé pour une raison de sécurité.

Le parallèle est toujours trop facilement fait entre la voiture et le smart phone alors que les choses sont très différentes. Le smart phone n'est pas un téléphone qui fait plein de choses, c'est devenu un ordinateur de poche qui permet de téléphoner. Pour l'instant la fonction principale d'une voiture reste de transporter en toute sécurité des personnes d'un point A à un point B. Considérant les contraintes énormes que cela pose en termes de sécurité et de sûreté, il n'est pas souhaitable de pouvoir intervenir dans ce milieu fermé comme on veut.
En tant que responsable, le constructeur est le "gardien du temple". Cela ne veut pas dire que personne n'a le droit d'y rentrer. Cela veut dire que si on y rentre il faut respecter les règles qui ont été définies et qui s’appliquent à tous.

Ainsi le terme d'accès « non discriminatoire » dont il est fait mention dans l'article 32 de la LOM figure dans notre papier de positionnement sur l'accès aux données du véhicule depuis décembre 2016. Il est normal, vis à vis du droit de la concurrence, que l’accès soit possible pour tous les fournisseurs de services. Mais cela ne doit pas changer les règles nécessaires vis à vis de la sécurité et de la sûreté.

Quant à la position dominante, je tiens à vous assurer que nous ne la sentons pas au niveau de nos 16 membres qui sont tous dans une logique de concurrence acharnée. Pour ce qui est de l'avantage compétitif, il est fait souvent le reproche d’une mise à disposition d’un nombre limité de données. Mais le constructeur extrait du véhicule les données dont il se sert lui-même. Il ne débarque pas 16000 ou 25000 points de données. Pour rendre d'autres données disponibles Il y a des contraintes techniques et financières très importantes et il faut qu'il y ait une réelle nécessité à le faire.

Il a aussi été évoqué la capacité de stockage. Un véhicule n'est pas un ordinateur avec un choix sur sa capacité de stockage interne. L'architecture d'une voiture est conçue avec juste ce qu'il faut pour son fonctionnement et c'est pour cela que la solution d'un stockage externe (si un tel stockage s’avère nécessaire et conforme au RGPD) est plus logique et beaucoup moins coûteuse.

Je voudrais également réagir aux propos de la FIA concernant l’accès via une plateforme télématique interne qui serait technologiquement neutre. Une telle plateforme standardisée, interopérable, qui doit s’appliquer à tous les constructeurs n’est pas technologiquement neutre. Une solution technologiquement neutre est une solution qui impose des obligations au constructeur mais qui laisse ce dernier libre quant au choix de la technologie qui lui permet de s’acquitter de ses obligations. Et il est faux de dire que cela ne représenterait aucun surcoût pour le constructeur, car une telle obligation imposerait aux constructeurs de redessiner leurs architectures pour les rendre compatibles avec cette plateforme standardisée ce qui représenterait un coût faramineux. C’est pourquoi de notre côté nous insistons sur le fait que toute législation doit être technologiquement neutre.

En réalité si les systèmes sont différents c’est en raison de la concurrence entre les constructeurs. Si on impose la standardisation, cela voudrait dire de standardiser tout ce qui crée la donnée, ce qui imposerait aux constructeurs d’utiliser les mêmes composants. Est-il concevable que pour favoriser la concurrence dans un marché cela se fasse au détriment de celle du marché principal ? C’est pourquoi les constructeurs ont fait le choix de travailler sur une façon de comprendre cette donnée (une liste de métadonnées) et de développer des partenariats avec des serveurs neutres (les HUB) qui permettent de récupérer des données de plusieurs sources (de plusieurs constructeurs), de les traduire, de les anonymiser si nécessaire, de les mettre à disposition de tiers sans passer par le constructeur.

En ce qui concerne la notion de prix il s’agit d’un retour sur investissement par rapport à une démarche qui est coûteuse. Mais c’est aussi un choix commercial et tous les constructeurs n’ont pas la même approche car ils sont justement en concurrence. Mais la marge ne se fera pas sur chaque point de donnée délivré mais sur l’utilisation de la donnée dans de nouveaux services dans lequel le véhicule s’insère...