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Journée d'Étude : "Anthropologie et Ontologie"

Le 11 juin 2014, École normale supérieure, Institut Jean-Nicod, journée d'étude organisée par Frédéric Nef, Martin Fortier et Francis Wolff.
Programme complet de la journée : institutnicod.org/seminaires-colloques/colloques/archives-345/2013-2014-653/anthropologie-et-ontologie/article/presentation-1112?lang=en

  1. Ph. Descola (Collège de France, EHESS) : "L’anthropologie de la nature et le tournant ontologique"

  2. M. Fortier, « Les promesses déçues du tournant ontologique » / Réponse de Ph. Descola

    Martin Fortier (EHESS, IJN) : « Les promesses déçues du tournant ontologique : comment l’anthropologie cognitive peut (paradoxalement) réussir là où l’anthropologie ontologique a échoué ». Répondant : Philippe Descola (Collège de France, EHESS)
    Résumé de la communication :
    Si certains peuvent affirmer que l’anthropologie ontologique et l’anthropologie cognitive traitent de choses qui n’ont rien à voir, nous défendrons quant à nous que leurs objets se recoupent dans une large mesure ; ou plutôt, nous tenterons d’expliquer comment les défis que l’anthropologie ontologique s’est proposée de relever – et qu’elle a de fait largement échoué à relever –, l’anthropologie cognitive, elle, est en mesure de dûment les relever. Afin d’illustrer la chose, nous nous concentrerons sur un objet d’étude précis, qui occupe une place importante dans les œuvres respectives de Viveiros de Castro et de Descola : à savoir l’animisme, et notamment la forme qu’il prend dans les basses terres d’Amérique du Sud.
    Notre propos consistera dans un premier temps à opposer la méthode de l’anthropologie ontologique (dont nous essaierons de montrer qu’elle crée des différences artificielles en jouant sur les mots, et qu’elle échoue ce faisant à saisir la singularité de l’animisme amazonien) et la méthode de l’anthropologie cognitive (ici entendue comme discipline endossant le naturalisme, reposant massivement sur des protocoles expérimentaux, et combinant notamment les acquis de l’observation participante et de la psychologie de la culture).
    Dans un second temps, nous soutiendrons que les thèmes auxquels le tournant ontologique accorde une place de prime importance et auxquels il entend faire dignement justice, se trouvent en réalité nettement mieux pris en compte par l’anthropologie cognitive (à tout le moins dans la version que nous en proposerons). Nous tenterons d’administrer la preuve que l’anthropologie cognitive s’avère bien plus pertinente que l’anthropologie ontologique afin de : (1) pratiquer la « délégation ontologique », (2) prendre les indigènes au sérieux, (3) œuvrer à une anthropologie affranchie de la dialectique entre nature et culture, (4) pratiquer une anthropologie symétrique, (5) élaborer une grammaire de l’histoire et des institutions, et enfin, (6) œuvrer sur le front de la crise écologique et de la défense de l’indigénisme.

  3. F. Wolff, « L’anthropologie critique dans les filets du relativisme » / Réponse de Ph. Descola

    Résumé de la communication :
    L’anthropologie du « tournant ontologique » occupe une place paradoxale dans le paysage des sciences de l’homme, entre d’un côté un paradigme « structuraliste » dont elle est l’héritière (avec ses présupposés conceptuels et ses conséquences méthodologiques) alors qu’elle en refuse le concept fondateur, celui de l’opposition nature et culture ; et d’un autre côté le nouveau paradigme « naturaliste », dont elle partage certaines des positions théoriques (notamment le refus de la frontière homme/animal — on a pu ainsi parler de son « tournant animaliste ») alors qu’elle en refuse le fondement universaliste. Cette position instable lui permet-elle de faire le pont entre les deux paradigmes qui se disputent actuellement le champ des sciences de l’homme ? Ou condamne-t-elle ses concepts, et notamment ceux de « nature » et de « culture », à une tension insurmontable entre universalisme et relativisme.

  4. B. Gille, « L’ontologie : une construction théorique utile pour l’anthropologie » / Réponse de F. Wolff

    Résumé de la communication :
    L’introduction récente du vocabulaire métaphysique en anthropologie fait l’objet de nombreux reproches, notamment celui de figer des pratiques autochtones, hétéroclites, complexes et mouvantes, dans les catégories stabilisées de la philosophie grecque (relations, termes, substances, propriétés, etc.). Il est pourtant possible de penser que cette rigidification, lorsqu’elle s’appuie sur des données ethnographiques solides, ne dénature pas le fondement initial du projet anthropologique. En effet, si l’une des visées de l’anthropologie est bien la recherche idiographique (recueillir des faits et décrire au mieux), une autre est la recherche nomothétique (fournir des généralisations fondées) (Ingold, Marcher avec les dragons, 2013 : 308). Cette dernière nécessite un vocabulaire commun pour la comparaison.
    Au-delà de sa seule vocation comparatiste, on reproche encore au tournant ontologique de construire des objets métaphysiques ouvertement spéculatifs (perspectivisme, totémisme, théorie holographique du sujet, etc.). Mais il faut penser ces constructions spéculatives comme des outils au service de l’anthropologie critique. Devant la catastrophe écologique qui se profile, il s’agit de grossir et accentuer les traits d’autres combinaisons métaphysiques possibles, notamment d’autres cohabitations envisageables des humains et non-humains. Je voudrais montrer que le tournant ontologique autorise la constitution d’une véritable théorie critique, c’est-à-dire une théorie qui cherche constamment à repenser ses fondements conceptuels. Ainsi, derrière une certaine rigidification et systématisation des oppositions entre nous et les autres, le tournant ontologique consiste d’abord à nous présenter d’autres manières possibles de décrire le monde.

  5. A. Piette, « Mais qu’est-ce que l’ontologie ? » / Réponse de C. Chamois

    Albert Piette (Université Paris X Nanterre, LESC) : « Mais qu’est-ce que l’ontologie ? À propos de l’anthropologie existentiale ». Répondant : Camille Chamois (Université Paris X Nanterre).
    Résumé de la communication :
    Après avoir indiqué quelques tendances du « tournant ontologique » en anthropologie sociale en lien avec le projet de celle-ci, je me demanderai jusqu’à quel point il y est possible de solliciter l’ontologie, en référence à son histoire. L’ontologie est-elle un objet, une option théorique ou un choix méthodologique ? Je la présenterai surtout comme un regard, avec des implications théoriques et méthodologiques. Cette perspective questionne nécessairement la définition de l’anthropologie et de son programme. Ce sont aussi les notions d’existence et d’existant qui sont interrogées, ainsi que la légitimité de leur extension. En filigrane de cette présentation, une autre question se précisera : une anthropologie « anthropocentrée » est-elle possible ?

  6. P. Maniglier, « La vérité des autres » / Réponse de F. Nef

    Patrice Maniglier (Université Paris X Nanterre, CIEPFC) : « La vérité des autres » / Répondant : Frédéric Nef (EHESS, IJN).
    « Le tournant ontologique en anthropologie ne signifie pas qu'il y aurait, dans l'esprit des êtres humains, des grandes catégories ontologiques qu'il s'agirait d'étudier. On défend ici la thèse selon laquelle le tournant ontologique est une conséquence d'une prise de conscience du caractère radical de l'originalité de l'épistémologie de l'anthropologie. L'anthropologie est une science qui fait de la possibilité pour le sujet de cette science de devenir autre que lui-même, le seul instrument d'un savoir. Son opération épistémique propre est la comparaison, en un sens tel cependant que le comparant doit devenir une variante de ce qui se présentait d'abord comme un cas particulier subsumé. On déploie cette épistémologie et on montre en quel sens le tournant ontologique n'est qu'une conséquence "normale" (au sens kuhnien) de cette épistémologie. »

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